Le début du printemps, couramment appelé Lichun, occupe une place particulière dans la culture traditionnelle chinoise en tant que premier terme solaire parmi les vingt-quatre termes solaires, un système qui guide la vie des gens depuis des millénaires. Il marque la fin de l’emprise froide de l’hiver et le début de la douceur du printemps, constituant ainsi un puissant symbole de renouveau et de nouveaux départs pour les communautés chinoises du monde entier. Contrairement aux dates fixes du calendrier, ce terme varie légèrement chaque année en fonction des observations astronomiques de la position du Soleil par rapport à l’équateur, s’alignant étroitement sur les cycles naturels auxquels les Chinois anciens se fiaient pour guider leur vie quotidienne et leurs pratiques agricoles. Son importance va bien au-delà d’un simple repère saisonnier : il est profondément ancré dans les traditions culturelles, les coutumes sociales et même les habitudes quotidiennes des personnes qui honorent cette célébration séculaire, reliant passé et présent à travers des rituels et des croyances partagés.
Les racines du « Début du printemps » remontent aux anciennes sociétés chinoises, où l’agriculture constituait la pierre angulaire de la survie et où la vie des populations était étroitement liée aux rythmes de la nature. Des astronomes et des agriculteurs anciens collaboraient étroitement pour observer avec précision les mouvements du Soleil, les changements subtils des conditions météorologiques et les cycles de croissance des plantes, afin d’élaborer le système des « termes solaires », qui permettait d’harmoniser les semis, les récoltes et autres activités agricoles essentielles. Ce système a permis aux communautés de s’adapter aux changements saisonniers, garantissant ainsi la sécurité alimentaire et favorisant une relation harmonieuse et durable avec la nature. Au fil des siècles, à mesure que les sociétés évoluaient, le « Début du printemps » s’est transformé d’un guide agricole pratique en une fête culturelle chère à tous, accumulant des traditions variées qui reflètent des valeurs fondamentales telles que l’espoir, la prospérité et un lien profond avec le monde naturel.
La nature subit des transformations remarquables à l’approche du début du printemps, même dans les régions où le froid hivernal persiste et où des chutes de neige occasionnelles se produisent encore. Des vents doux et tièdes remplacent progressivement les rafales hivernales violentes, apportant une chaleur subtile qui réveille la vie en sommeil sous le sol et sous l’écorce des arbres. La lumière solaire devient plus abondante et plus intense, faisant fondre le givre sur les champs, les toits et les branches d’arbres, et incitant l’herbe à percer le sol sous forme de pousses vertes éclatantes. De minuscules bourgeons apparaissent sur les arbres et les arbustes, grossissant jour après jour et présageant des floraisons colorées dans les semaines à venir, tandis que les animaux en hibernation — tels que les ours, les hérissons et les serpents — sortent progressivement de leur long sommeil pour chercher de la nourriture et des partenaires. Les ruisseaux et les rivières, autrefois complètement gelés, commencent à couler à nouveau, leurs eaux transportant des nutriments vers les terres et favorisant une nouvelle croissance. Ces changements ne sont pas seulement visuels : ils marquent une transformation profonde de l’énergie naturelle, que les êtres humains observent, respectent et célèbrent depuis des milliers d’années.
Les traditions populaires associées au début du printemps sont variées et diffèrent selon les régions de Chine, mais elles partagent toutes un thème commun : accueillir la nouvelle vie et rechercher la prospérité pour l’année à venir. L’une des coutumes les plus répandues est la « Morsure du printemps », durant laquelle les gens consomment des aliments saisonniers spécifiques afin de « mordre » dans la vitalité du printemps et d’absorber son énergie fraîche. Parmi les choix les plus populaires figurent les radis croquants, les galettes molles du printemps, les rouleaux du printemps dorés ainsi que divers légumes frais récoltés tôt dans la saison. Les radis, souvent consommés crus, sont croquants et légèrement piquants ; on croit qu’ils éliminent l’énergie stagnante accumulée pendant le long hiver et renforcent la santé globale. Les galettes du printemps, fines et tendres, sont garnies de jeunes pousses fraîches, de tofu, de cornichons ou de petits morceaux de viande, symbolisant la réunion de la fraîcheur et de l’abondance du printemps. Les rouleaux du printemps, frits jusqu’à obtenir une couleur dorée et une texture croustillante, représentent la prospérité et la chaleur, car leur forme cylindrique évoque, dans la culture chinoise traditionnelle, des rouleaux de richesse. Ces aliments ne sont pas seulement délicieux : ils portent des significations culturelles profondes qui relient les individus à la saison et à leur héritage ancestral.
Une autre tradition emblématique est la « Fessée de la vache du printemps », qui trouve son origine dans les communautés agricoles rurales et reste populaire dans certaines régions campagnardes ainsi que lors de festivals culturels actuels. Des artisans qualifiés créent des effigies réalistes de vaches à l’aide de matériaux tels que l’argile, le papier coloré ou la paille, qu’ils ornent de rubans éclatants, de fleurs en papier et de symboles présageant une bonne récolte — comme des céréales ou des fruits. Le jour du « Début du printemps », des responsables locaux ou des aînés respectés dirigent une cérémonie publique au cours de laquelle ils frappent doucement l’effigie de la vache avec des fouets en saule souple, tout en psalmodiant des prières traditionnelles pour des récoltes abondantes, un bétail en bonne santé et une année paisible et prospère. Ce rituel rend hommage à l’importance vitale du bétail dans l’agriculture traditionnelle, car les bovins étaient essentiels pour labourer les champs, tirer les charrettes et soutenir globalement la productivité agricole. Au-delà de ce témoignage pratique, la « Fessée de la vache du printemps » symbolise également le réveil de la terre après le sommeil hivernal, incitant les agriculteurs à entamer la nouvelle saison de plantation avec enthousiasme et espoir.
Accueillir le printemps est une autre tradition chère, remontant à l’époque impériale, où elle constituait une cérémonie d’État fastueuse avant de se répandre parmi la population générale. En Chine ancienne, les empereurs organisaient des rituels élaborés en l’honneur du Dieu du Printemps, revêtus de somptueuses robes vertes symbolisant l’arrivée du printemps, et conduisaient les hauts fonctionnaires de la cour dans des prières solennelles pour la prospérité nationale, de bonnes récoltes et le bien-être du peuple. Les gens du commun adoptèrent des versions plus simples et plus animées de ce rituel : ils portaient des vêtements colorés, décoraient leurs demeures avec des fleurs fraîches et des branches souples de saule, et parcouraient villages ou villes en criant joyeusement « Le printemps est arrivé ! ». Les enfants y participent activement en faisant voler des cerfs-volants, car les vents printaniers sont doux et réguliers — des conditions idéales pour cette activité joyeuse. Les cerfs-volants prennent diverses formes et tailles, notamment des hirondelles, des dragons, des papillons et des fleurs, chacun portant les vœux des familles en matière de chance, de bonheur et de santé. Certaines personnes écrivent même leurs vœux les plus chers sur leurs cerfs-volants avant de les faire voler, convaincues que, si le cerf-volant s’élève très haut et que la ficelle se casse, leurs vœux seront emportés vers les cieux et exaucés.
Les communautés chinoises de la diaspora ont soigneusement préservé et adapté de façon créative les traditions du Début du printemps, les mêlant aux cultures locales pour créer des célébrations uniques et dynamiques qui rendent hommage à leurs racines. Dans les pays comptant une importante population chinoise, tels que les États-Unis, le Canada, Singapour et la Malaisie, les gens se rassemblent dans des centres communautaires, des parcs ou chez eux pour organiser des festins du « Mordre le printemps », mener des cérémonies simplifiées du « Fouet du bœuf du printemps » et faire ensemble de l’envol de cerfs-volants. De nombreuses familles passent plusieurs jours à cuisiner des plats traditionnels, à échanger des récits sur leur héritage et à transmettre aux jeunes générations l’histoire et la signification de ce terme solaire particulier. Ces célébrations permettent non seulement de maintenir vivantes les traditions culturelles, mais aussi de renforcer les liens au sein des communautés chinoises de la diaspora, aidant ainsi les individus à conserver un lien profond avec leur patrie ancestrale. Elles constituent également une fenêtre ouverte sur les richesses de la culture chinoise pour les communautés non chinoises, favorisant ainsi la compréhension interculturelle, le respect et l’appréciation mutuels.
Le début du printemps exerce également une influence considérable sur la vie quotidienne et les habitudes des personnes qui l’observent, les guidant à vivre en harmonie avec les changements saisonniers. Nombre d’entre elles suivent des pratiques traditionnelles de santé transmises de génération en génération afin de s’adapter à l’énergie croissante du printemps, en privilégiant des régimes légers et nourrissants adaptés aux besoins de l’organisme durant cette période de transition. Elles consomment davantage de légumes et de fruits frais qui mûrissent au début du printemps, évitent les aliments lourds et gras qui alourdissent la digestion, et boivent des tisanes — comme la tisane de chrysanthème ou de menthe — pour soutenir la digestion et renforcer les défenses immunitaires. Les activités en plein air gagnent progressivement en popularité, car les gens profitent pleinement des températures plus clémentes pour faire de la randonnée, se promener, jardiner, pratiquer des sports ou tout simplement s’asseoir dans les parcs et profiter de l’air frais. Cette évolution du mode de vie reflète la croyance ancestrale chinoise selon laquelle il convient de vivre en harmonie avec la nature, où les changements saisonniers orientent les choix relatifs à la santé physique et mentale ainsi qu’au bien-être général.
L'influence culturelle du début du printemps s'étend bien au-delà des rituels et des habitudes quotidiennes, touchant la littérature, les arts et les médias modernes. Des poètes et écrivains anciens faisaient souvent référence à ce terme dans leurs œuvres, composant des poèmes et des essais qui décrivent la beauté du printemps ainsi que les émotions liées au renouveau, à l'espoir et à de nouveaux débuts. Ces œuvres littéraires traduisent des sentiments universels d'optimisme, soulignant qu'après l'hiver le plus froid et le plus sombre, le printemps revient inévitablement apporter une nouvelle vie. Des artistes de toutes les époques ont créé des peintures, des calligraphies et des objets artisanaux inspirés de scènes printanières, utilisant des couleurs vives et dynamiques ainsi qu'une imagerie énergique pour représenter la vitalité et la beauté de cette saison. À l'ère moderne, les médias traditionnels et les plateformes sociales mettent en avant des reportages sur les traditions liées au début du printemps, des recettes, des conseils santé et des célébrations, contribuant ainsi à diffuser la connaissance de ces précieuses coutumes et à les maintenir vivantes auprès des jeunes générations, qui peuvent être davantage déconnectées de leurs racines agricoles.
Aujourd’hui, le Début du printemps conserve une grande actualité dans la société moderne, même si les modes de vie deviennent de plus en plus urbains et s’éloignent de l’agriculture traditionnelle. Il constitue un puissant rappel de l’importance de respecter les cycles naturels et de rester connecté à son patrimoine culturel dans un monde au rythme effréné. Pour beaucoup de personnes, il s’agit d’un moment privilégié pour se fixer de nouveaux objectifs, laisser derrière soi les difficultés ou les regrets du passé et saisir de nouvelles opportunités — reflétant ainsi le thème intrinsèque du printemps : renouveau et croissance. Les célébrations peuvent être plus simples et plus informelles qu’à l’époque ancienne, mais les significations fondamentales d’espoir, de prospérité et de lien avec la nature demeurent inchangées. Que ce soit en consommant les aliments traditionnels du « Mordre le printemps », en participant à des rituels communautaires, en faisant voler des cerfs-volants ou tout simplement en profitant de la beauté de l’arrivée du printemps, les gens du monde entier continuent de rendre hommage à ce terme solaire intemporel et à son riche héritage culturel.
Le début du printemps est bien plus qu’un simple repère saisonnier ; c’est un patrimoine culturel vivant qui relie le passé au présent, unit les communautés et célèbre la résilience de la vie. Ses traditions, profondément ancrées dans la sagesse ancestrale et le respect de la nature, continuent d’apporter joie, sens et sentiment d’appartenance aux personnes de tous âges. À mesure que le monde devient de plus en plus interconnecté, ce terme solaire constitue également un pont entre différentes cultures, permettant aux gens de partager, d’apprendre les unes des autres et d’apprécier des traditions variées. Pour les communautés chinoises du monde entier, le début du printemps n’est pas seulement une célébration de l’arrivée de la saison ; c’est une célébration de l’identité, du patrimoine ancestral et de l’espoir durable en un avenir meilleur — un avenir qui rend hommage à la fois au passé et aux possibilités offertes par de nouveaux débuts.